France: “Civilization By Decree?”


Sarkozy versus those who “get the Internet”: Anglo-Normans find a common gestural language in this rough equivalent to the Italo-Brazilian figa.

Item:  Une politique de civilisation peut-elle se décréter ?

Françoise Fressoz of Les Echos asks, of President Sarkozy’s utopian “politics of civilization” whether civilization can be acomplished by fiat. File under “French, my, improvement needed in” and “big memes, contemporary Francophone.”

I got interested in the subject after reading a little bit about the plan for a “French BBC,” also pitched in terms of this “policy of civilization.” I want to read more on that specific subject.

Lorsque, dans ses voeux aux Français, le 31 décembre dernier, Nicolas Sarkozy a parlé de « politique de civilisation », certains commentateurs se sont gaussés : fallait-il que le président de la République plane au-dessus des problèmes des Français pour lancer un tel concept alors que le baril de pétrole flambe et que les prix des produits alimentaires s’envolent ? Mais l’affaire était sérieuse. La « politique de civilisation » a servi de fil conducteur, mardi, à la longue conférence de presse présidentielle. Elle a en outre été largement explicitée par son initiateur, le sociologue Edgar Morin, qui, à quatre-vingt-six ans, est en train de retrouver une seconde jeunesse en se faisant courtiser non seulement par Nicolas Sarkozy mais aussi par… Ségolène Royal.

Ever since Sarkozy spoke, during his inaguration last December 31, of a “policy of civilization,” certain pundits have been mocking the notion: Should the president be glossing over the problems of the nation to launch such a concept, what with the price of oil exploding  and the price of basic foodstuffs soaring? But he was serious. The “policy of civilization” was the touchstone of a long press presidential press conference last Tuesday, where it was explained at lengthy by its inventor, the sociologist Edgar Morin, who, at 86, is enjoying something of a second youth as he is courted, not only by Sarkozy, but by (Socialist presidential candidate) Ségolène Royal as well.

Qu’est-ce qu’une « politique de civilisation ? » C’est, rétorque Edgar Morin, une « politique de portée historique », un « New Deal » qui vise à corriger les effets négatifs de la civilisation, définie comme l’ensemble des techniques, savoirs, sciences… qui peuvent être transmis d’une communauté à une autre. Concrètement, le sociologue explique que la technique et l’économie concourent aujourd’hui à la dégradation de la biosphère, que la montée de l’individualisme provoque le dépérissement des solidarités et qu’il est urgent d’inventer un nouvel humanisme. Il précise aussi (1) que les 35 heures sont, pour lui, l’exemple type « d’une politique de civilisation maladroite » car « la visée, qui était d’arriver à une meilleure qualité de vie, a été gâchée par l’application totalement bureaucratisée de la réforme ».

What is a “policy of civilization”? Morin replies that it is an “epoch-making policy,” a sort of “New Deal” that aims to correct the negative effects of civilization, defined as the sum of the technology, knowledge, science, etc., that may be transmitted from one community to another. More concretely, the sociologist explains, as current technology and economic systems contribute to the degradation of the biosphere, while the rise of individualism leads to the disappearance of solidarity, it is necessary to invent a new humanism. He explains also that the 35-hour work week  was, in his view, an example of a type of “[clueless] policy of civilization,” because “the goal — achieving a better quality of life — got lost in the bureaucracy of implementing the reform.”

“Whatever happened to humanism?” is a frequent topic of a lot our cheap boteco philosophical dialogues as well, down here in Brazilian, where the deficit is often striking.

Faut-il s’étonner que le président de la République aille chercher l’inspiration chez ce penseur qui a su séduire aussi bien les libéraux sociaux type Jean-Pierre Raffarin queles altermondialistes ? Evidemment non, si l’on considère qu’adepte de l’ouverture Nicolas Sarkozy adore bousculer les lignes. En outre, il ne prend personne en traître. Au milieu de la campagne présidentielle, il avait résumé son dessein dans un livre (2) qui donnait déjà la pleine mesure des ambitions qu’il entendait assigner à son quinquennat : moralisation du capitalisme qui « est menacé si l’argent devient l’unique mesure de la valeur des hommes », humanisation de la mondialisation « qui appelle plus de projet collectif et de prospective », prise en compte du défi écologique, qui réclame une remise à plat des prélèvements obligatoires. Le tout sans oublier d’instruire un procès à charge contre « la génération de mai 68 » accusée d’avoir « disqualifié le mérite et déprécié l’effort », pour y opposer une nouvelle utopie : l’avènement d’une « société de croissance » portée par « l’élan vital de la création et l’aspiration au bonheur ». On peut bien ironiser sur ce lyrisme de campagne dont l’essentiel tient à la plume de l’actuel conseiller spécial Henri Guaino, d’emblée était posée une ambition : le sarkozysme serait une « nouvelle Renaissance ».

Is it really surprising to see the president looking for inspiration from a thinker who has also seduced social liberals like Raffarin and the “another world is possible” types? Apparently not, if you consider that Sarkozy has always loved pushing the boundaries. During the presidential campaign, he summed up his platform in a book that defined the full measure of his ambitions for his presidential term: The moralization of capitalism, which “is endangered if money becomes the sole measure of a person’s worth,” a humanization of globalization “that appeals more to a collective project and vision for the future” and takes into account the ecological challenge, which demands a fresh look at the tax and social security system. All without forgetting to issue an indictment of the “generation of 1968” for having “despite merit and scorned effort” and declaring a new utopian vision of his own: the advent of a “growth society” driven by “the life force of creativity and the pursuit of well-being.” Though one can mock the lyricism of his campaign rhetoric, most of it written by current special adviser Henri Guaino, he has clearly defined his ambition: That the Sarkozy era will be a “new Renaissance.”

Avec l’actuel président, rien n’est laissé au hasard. Si « la politique de civilisation » ressurgit neuf mois après le début du quinquennat, sans d’ailleurs être beaucoup plus explicitée que durant la campagne, c’est qu’il y a un besoin urgent : dépasser la grisaille du quotidien et redonner du sens à l’action. Comme tous ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy sait que le pays a toujours aimé servir de modèle. « La France qu’est-ce que c’est ? Ce qu’il y a de meilleur dans le monde, à cause de son paysage et à cause de son peuple », n’avait pas hésité à lancer Valéry Giscard d’Estaing lors de ses premiers voeux aux Français le 31 décembre 1974, tandis que François Mitterrand, plus sobre, constatait le 31 décembre 1981 : « La parole de la France s’identifie à celle de la liberté. » Insister sur l’idée d’une « nouvelle Renaissance » dont l’Hexagone serait le phare est donc tentant. A fortiori lorsqu’on s’est présenté, comme l’a fait Nicolas Sarkozy, comme « l’homme de la rupture ».

With this new president, nothing is left to chance. If the “policy of civilization” emerged nine months before the beginning of his term, without, however, being explained any more clearly than it was during Sarkozy’s election campaign, that was because it addressed an urgent need: To overcome the inertia of daily existence and impart new meaning to action. Like his predecessors, Nicolas Sarkozy knows that France has always liked being held up as a model. “What is France? The best nation in the world, thanks to its lanscapes and its people,” Giscard d’Estaing did not hesitate to say during his first inauguration in 1974; and as Mitterand put it, more soberly, in 1981: “The watchword of France is freedom.”  

Mais une politique de civilisation peut-elle se décréter ? C’est en réalité toute la question. Elle se heurte d’abord aux limites du volontarisme politique. Ce qui se passe en ce moment sur le pouvoir d’achat en est une parfaite illustration : au nom de la politique de civilisation, Nicolas Sarkozy voudrait que « les salariés ne soient pas éternellement privés de la part qui leur revient dans le succès des entreprises », mais au nom des contraintes de la mondialisation, les entreprises ne sont guère enclines à augmenter les salaires. D’où des tensions entre deux acteurs – le président de la République et les entreprises – qui se veulent alliés dans la « société de croissance », mais dont les intérêts en réalité divergent. L’ampleur du fossé est telle que, si les lignes bougent au cours du quinquennat, on peut craindre que ce soit de façon infinitésimale.

But can a “policy of civilization” be imposed by decree? That is the real issue here, one that runs up against the limits of political will. What is happening with consumer prices at the moment is a perfect example: In the name of his “policy of civilization,” Sarkozy would like for “salaries not to be deprived forever of the contribution brought by business success,” and yet, citing the limits imposed by globalization, businesses are not at all inclined to raise salaries. Whence the tension between two actors — the president and the business sector — who call themselves partners in this “growth society,” but whose interests in fact are quite different. The gap between dream and reality is so wide that one fears that very little movement will be possible during the presidential term.  

Une politique de civilisation suppose aussi un contexte culturel particulier, un enthousiasme, un élan vital, un « minimum d’espérance » qu’Edgar Morin a bien du mal à entrevoir dans la France d’aujourd’hui. « La Renaissance s’est caractérisée par un dégel de la pensée qui contraste avec le caractère figé du monde intellectuel d’aujourd’hui, explique-t-il. Les grands esprits comme Léonard de Vinci avaient une pensée globale. Ils étaient peintres, bricoleurs, anatomistes. Aujourd’hui ce sont les spécialistes qui règnent et ils ont bien du mal à communiquer entre eux. » Les historiens ajouteront que, dans l’entourage de François Ier, le souverain français qui incarne la Renaissance, gravitaient un nombre impressionnant d’humanistes, comme Guillaume Budé, et que, sous son règne, trois institutions majeures ont vu le jour : le Collège de France, la Bibliothèque nationale et le Musée du Louvre. L’on peine à trouver l’équivalent d’une telle effervescence autour de l’Elysée d’aujourd`hui.

A “policy of civilization” also presupposes a specific cultural context, an enthusiasm, a vital spirit, a “minimum of hope,” which Morin sees very little of in contemporary France. “The Renaissance was characterized by an intellectual thaw that contrasted with the hidebound character of the intellectual world of today, he explains. The great spirits of that time, like Da Vinci, were global thinkers. They were painters, tinkerers, anatomists. Nowadays, specialists rule the roost and can scarcely communicate with one another.” Historians add that an impressive number of humanists gravitated to the court of Francis I, the monarch who embodied the Renaissance, including Guillaume Budé, at that three major institutions were born: The Collège de France, the National Library and the Louvre. One finds scant signs of a similar culture fervor around the Elysée today.

Mais ces hommes de la Renaissance avaient-ils l’impression, sur le moment, de faire naître un monde nouveau ? Rien n’est moins sûr. Le concept de Renaissance n’a été inventé que bien plus tard, à la fin du XIXe siècle. Et c’est à l’aune du positivisme qui a dominé ce siècle que s’est façonnée l’image d’un Léonard de Vinci, préfigurateur du futur. Moralité : seul le temps long permettra de dire si le sarkozysme a vraiment débouché sur une politique de civilisation. Sachant que sur ce terrain-là la compétition est déjà déclarée : Georges Pompidou, lui aussi, rêvait au début de son septennat d’initier une « nouvelle Renaissance ».

[tktktktk]

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